Les exemples centrafricain et malien confirment ce que nous avons étudié dans les écoles et universités de sciences politiques et de politique internationale.

En effet, aucun groupe humain ne peut se développer (le mot est peut-être trop fort), disons ne peut aller de l'avant et maîtriser son avenir s'il ne se dote pas d'institutions capables de penser et de repenser la vie du groupe, de penser les questions existentielles essentielles pour qu'un groupe humain ne disparaisse pas. Des institutions capables de renouveler l'offre de contrat social, c'est-à-dire définir et redéfinir sans cesse les places, les rôles et les fonctions de chacun. Que fait l'Etat ? Que font les citoyens? Quelles sont les interactions entre l’Etat et ses citoyens ? Comment l’Etat, par le biais des institutions et des hommes qui les incarnent s’occupe-t-il des citoyens et comment rend-il compte de son action aux citoyens…?

 

Sans cet Etat, sans ce jeu, aucun peuple ne peut se construire en Nation et proposer à ses citoyens un contrat social viable.

J'ai failli être lynché par certains étudiants et confrères africains lorsque j’ai soutenu que les nations africaines, pas plus que les Etats africains n'existent. Il y a en Afrique, des terres peuplées d’habitants prisonniers de leurs leaders négatifs et qui les mènent droit à la perdition.

Aucun pays africain, excepté l'Afrique du Sud, n'est capable de battre et combattre une rébellion. Les exemples centrafricain et malien le montrent. Mais bien avant, il y a eu les deux Congo, la Côte-d’Ivoire... Et à chaque fois, il a fallu l’intervention des puissances européennes pour venir en aide des populations prisonnières de ces crises politiques.

Battre une rébellion et garantir la paix, la sécurité et la prospérité suppose pour chaque peuple de se doter des institutions d'Etat dignes de ce nom et non des marionnettes d'administration que nous voyons ici et là.

Le président étasunien Barack Obama lui-même critiquait les Etat africains dans son discours prononcé le 12 juillet 2009 au parlement ghanéen. Il nous disait :  

« Dans de nombreux pays, l'espoir de la génération de mon père a cédé la place au cynisme, voire au désespoir. Certes, il est facile de pointer du doigt et de rejeter la responsabilité de ces problèmes sur d'autres. Il est vrai qu'une carte coloniale qui n'avait guère de sens a contribué à susciter des conflits, et l'Occident a souvent traité avec l'Afrique avec condescendance, à la quête de ressources plutôt qu'en partenaire. Cependant, l'Occident n'est pas responsable de la destruction de l'économie zimbabwéenne au cours des dix dernières années, ni des guerres où des enfants sont enrôlés comme soldats. Durant la vie de mon père, ce sont en partie le tribalisme et le népotisme dans un Kenya indépendant qui, pendant longtemps, ont fait dérailler sa carrière, et nous savons que cette forme de corruption est toujours un fait quotidien de la vie d'un trop grand nombre de personnes ».

Au sujet des élections et de la bonne gouvernance en Afrique, Obama affirmait :

« Maintenant, pour réaliser cette promesse, nous devons tout d'abord reconnaître une vérité fondamentale à laquelle vous avez donné vie au Ghana, à savoir que le développement dépend de la bonne gouvernance. C'est l'ingrédient qui fait défaut dans beaucoup trop de pays depuis bien trop longtemps. C'est le changement qui peut déverrouiller les potentialités de l'Afrique. Enfin, c'est une responsabilité dont seuls les Africains peuvent s'acquitter…

Il ne s'agit pas seulement d'organiser des élections - il faut voir ce qui se passe entre les scrutins. La répression revêt de nombreuses formes et trop de pays, même ceux qui tiennent des élections, sont en proie à des problèmes qui condamnent leur peuple à la pauvreté. Aucun pays ne peut créer de richesse si ses dirigeants exploitent l'économie pour s'enrichir personnellement, ou si des policiers peuvent être achetés par des trafiquants de drogue. Aucune entreprise ne veut investir dans un pays où le gouvernement se taille au départ une part de 20 %, ou dans lequel le chef de l'autorité portuaire est corrompu. Personne ne veut vivre dans une société où la règle de droit cède la place à la loi du plus fort et à la corruption. Ce n'est pas de la démocratie, c'est de la tyrannie, même si de temps en temps on y sème une élection ça et là, et il est temps que ce style de gouvernement disparaisse.

En ce XXIe siècle, des institutions capables, fiables et transparentes sont la clé du succès - des parlements puissants et des forces de police honnêtes ; des juges et des journalistes indépendants ; un secteur privé et une société civile florissants, ainsi qu'une presse indépendante. Tels sont les éléments qui donnent vie à la démocratie, parce que c'est ce qui compte dans la vie quotidienne des gens ».

Ce discours d’Obama, je l’ai lu en entier. Et croyez-moi, si un chef d’Etat en occident (France, Angleterre, Allemagne…) ou même en Asie avait tenu les mêmes propos, les Africains l’auraient traité, accusé, qualifié de raciste. Mais venant du premier président « Noir » de la première puissance mondiale, j’ai été frappé par le silence des Africains et de leurs gouvernements. Tout le monde en Afrique a été gêné par ce message sauf le Ghana. Mais pourquoi le Ghana ?

Parce que ce pays est le seul où une élection présidentielle a été gagnée par le candidat de l’opposition et le pouvoir en place a accepté sa défaite, au nom, il me semble du respect des règles politiques, démocratiques et citoyennes. C’est respecter son peuple et les institutions de la République que d’admettre qu’on a perdu les élections, même lorsqu’on est au pouvoir. 

Dans ce que l'on appelle Etat, chaque responsable connait sa fonction, son rôle, son travail. Le maire sait ce qu'est le travail de la mairie, le député sait qu'il ne construit pas des usines mais vote des lois. Et chacun sait qu’il a à rendre compte de ses actions et quitter les choses lorsqu'il n'y arrive plus. C’est dans ce sens qu’il faille comprendre le discours d’Accra d’Obama.

En Afrique en général, dès qu'il y a un problème, tout le monde attend le président et ce dernier le demande d'ailleurs. On ne sait pas qui fait quoi, à la fin rien n'est fait et le pire, ceux qui dirigent le pays déclinent leurs propres responsabilités.

Pour exemple, lorsque la poudrière de Mpila au nord de Brazzaville explose, toute la matinée, le pouvoir en place ne sait pas ce qui se passe. Ni le président et ses services, ni le ministre de la défense, ni le ministre de l’intérieur, ni le maire de Brazzaville, ni le chef d’Etat-major, ni le responsable des renseignements (censé informer ses supérieurs et les autorités), personne ne sait ce qui se passe. Conséquence : de nombreuses personnes sont mortes car aucune mesure de sécurité n’a été prise. Aucun périmètre de sécurité. Chacun pensait « peut-être à fuir au cas où se serait un coup d’Etat ». 

Comme l’affirme Obama, moi aussi, je milite pour des Etats africains forts. Je milite pour un Etat fort au Congo. Ce qui suppose des institutions dignes de ce nom, des institutions qui connaissent chacune leur rôle et fonction, qui se mettent en marche dès qu'il y a un problème et le ministre, le président et que sais-je ne pourront intervenir qu'en cas de force majeure nécessitant vraiment leurs interventions.

L’Etat est le lieu d'expression des intérêts collectifs. L’Etat assure la protection de la population en s'assurant que dans le pays, chacun y trouve sa place, son compte selon ses compétences, ses moyens... Il s'agit là de la justice sociale, du contrat social.

Or en Afrique, personne ne sait à quoi sert l'Etat. S'il existe d'ailleurs.

J’entends souvent des compatriotes dire « tu rentres au pays, tu ne t’intéresse pas à la politique et tu peux bien vivre ta vie ». Mais ils ignorent que même les pays développés comme les USA, la France, l’Allemagne, l’Angleterre, l’Italie ou encore les pays émergents comme le Brésil, l’Afrique du Sud, la Chine pour ne citer que ceux-là, s’appuient sur un Etat fort, des institutions fortes pour se développer et maintenir un certain niveau de vie des citoyens. Un Etat et des institutions capables de proposer des solutions aux populations face à la crise économique, face à la situation internationale…

Dire aux populations de tourner le dos à la politique et ne pas s’y intéresser c’est du suicide collectif.

Je ne veux de ce suicide ni pour mon pays, ni encore moins pour l’Afrique. Je demande donc aux peuples de se lever comme un seul homme pour refuser les modifications des constitutions qui lèvent la durée de mandat. Il est important de limiter à deux le nombre de mandats pour que la classe politique se renouvelle et soit en phase avec les données politiques et économie de l’époque.

Les Sassou, entrés en politique avec Marien Ngouabi en 1969 ne peuvent pas être en phase avec les exigences du monde actuel. C’est pourquoi même un pays comme la Chine limite à deux le nombre de mandats d’une équipe gouvernementale et du président.  Ceci pour avoir une classe politique entre 40 ans et 70 ans environ (70 ans étant la fin de la carrière politique en tant que président de la république ou ministre).

Pour finir, je rends hommage au président Mandela qui est aujourd’hui une référence en Afrique et dans le monde. Lors de sa mort, tous les chefs d’Etats africains lui ont rendu hommage et ils ont tous dit s’inspirer de lui. Si c’est le cas, j’aimerais savoir pourquoi ils pillent leurs pays, s’accrochent au pouvoir, tuent leurs peuples (par la famine, les maladies, le chômage…)

Alors en quoi ils se reconnaissent dans Mandela ? En tout cas moi, je n’ai rien trouvé de commun entre Mandela et eux.

 


MOUEGNI IVOLO Didier

Master degree de politique internationale

1er secrétaire de l’UPADS  Section Paris-Île-de-France